Vieillir n’est pas pour tous, synonyme de sérénité ou de sagesse enfin acquise… Avec l’âge, les pertes se cumulent –l’emploi, les ascendants, des proches, le conjoint, perte d’autonomie… qui peuvent accabler la personne âgée et la pousser au suicide.

Tabou et difficile à aborder, ce problème de santé publique est pourtant méconnu et son ampleur sous-estimé. La question est sous-représentée dans le débat public alors même que cela contribuerai à sa prévention.  Elle ne doit pas être confondue avec la question de l’euthanasie (demande d’aide active à mourir).

Il n’est pas ici question de prétendre être exhaustif sur le sujet complexe et douloureux du suicide, mais de tenter d’apporter certains éléments de compréhension et des conseils adaptés afin de favoriser sa prévention.

Quels sont les facteurs de risques et de protection ? Quels signes repérer ? Comment réagir, comment aider ? Où-quand trouver des ressources, un soutien ?

 

Généralités

Le risque de suicide s’accroit avec l’avancée en âge, et culmine au-delà de 85 ans. Il touche plus les hommes que les femmes. La personne âgée suicidaire est en général déterminée et les moyens qu’elle emploie (pendaison, intoxications médicamenteuses, armes à feu, précipitation d’un lieu élevé), ainsi que sa fragilité organique, entraînent le plus souvent son décès.

Le suicide est généralement précédé d’une phase appelée crise suicidaire, de plusieurs semaines au cours de laquelle il peut être possible de repérer les idées suicidaires -de plus en plus envahissantes- et de prévenir le passage à l’acte. Mais son repérage est réputé plus difficile chez les personnes âgées que chez les personnes jeunes.

La prévalence du suicide est forte en France, alors que la solidarité intergénérationnelle semble jouer un rôle protecteur pour les pays du sud de l’Europe.

 

Les principaux facteurs de risque

  • facteurs psychosociaux : isolement, précarité, situations de rupture (déménagement, deuil, veuvage, entrée en établissement…), perte d’autonomie ;
  • facteurs personnels : la dépression (avec parfois des addictions à l’alcool ou autres), le désespoir, le vécu d’isolement, la mauvaise condition physique (douleurs, perte des capacités motrices et sensorielles et réductions de participation, atteintes corporelles qui affectent l’estime de soi), et la précarité financière.

La dépression est fortement associée au suicide. Fréquente chez les personnes âgées (prévalence de 10%), elle est souvent non diagnostiquée et  masquée par des plaintes douloureuses ou des attitudes de refus de soins ou de s’alimenter. La prescription d’antidépresseur réduit le risque suicidaire.

 

Les facteurs protecteurs :

la solidarité, l’existence d’un soutien familial et social de bonne qualité, le fait d’avoir des enfants, des relations amicales à qui se confier ; jouent un rôle.

Les capacités de résilience à faire face à l’adversité et la spiritualité seraient  aussi protectrices de la dépression.

 

La prévention :

Deux types d’interventions sont primordiales

1) réduire les facteurs de risque : en améliorant le diagnostic et le traitement de la dépression et en luttant contre l’isolement des personnes ; comme l’a démontré une expérience Italienne (DeLeo 2002),de mise à disposition de n° d’urgence et systématisation d’un appel téléphonique deux fois par semaine pour s’assurer que ces personnes âgées allaient bien ou n’avaient besoin de rien ; expérience qui inspire en France, la mise en place du programme MONALISA avec les associations de bénévoles.

L’offre de soins médicaux spécialisés pour le traitement de la dépression et pour le traitement de la douleur (soins palliatifs) sont également pertinentes.

2) celles visant à augmenter les facteurs protecteurs en favorisant le Bien Vieillir, c’est-à-dire la qualité de vie.

 

Que faire ?

  • limiter l’accès aux armes à feu, substances toxiques…
  •  repérer si possible l’aggravation ou le renforcement du sentiment de détresse, perte, ou souffrance dans les propos de la personne âgée (cependant pas toujours exprimés), ou dans ce qu’elle démontre : mettre en ordre ses affaires, ou encore afficher une sérénité soudaine peuvent cacher la préparation de l’acte suicidaire ; et orienter vers le médecin traitant, et/ou un spécialiste en psycho-gériatrie ;
  • être à l’écoute de ce que dit ou essaye d’exprimer la personne âgée : il est difficile cependant, surtout en tant que proche, d’entendre la souffrance, la solitude, la lassitude de vivre ou l’expression des peurs et de l’anxiété…  Il est alors recommandé, de reconnaître cette difficulté et de solliciter une aide extérieure, spécialisée (médecin, psychologue…) ;
  • en particulier lorsque la personne âgée indique son désespoir ou son intention d’en finir, l’écoute requiert des compétences particulières pour éviter la banalisation ou la dramatisation, le conseil bien intentionné ou le jugement. Il est important de ne pas croire que d’en discuter va inciter la personne au suicide. Il est néanmoins alors nécessaire de solliciter –si possible avec l’accord de la personne âgée, mais pas obligatoirement en cas de refus-, de ne pas rester isoler avec cette confidence et de solliciter un accompagnement spécialisé ;
  • valoriser la personne en lui re-donnant un rôle social, autour d’activités en lien avec ses goûts et son expérience, renforçant si possible ses liens sociaux et son estime de soi. Ce rôle, même modeste, favorisera son sentiment d’utilité, son besoin de reconnaissance ;
  • entretenir la discussion autour des sujets d’intérêt de la personne,
  • l’encourager à sortir de la solitude, à reconnaître son besoin d’aide et la nécessiter de solliciter les personnes qui peuvent le faire.

 

A qui s’adresser ?

Vers le médecin généraliste, le secteur psychiatrique ou gériatrique, ou les psychiatres libéraux.

Le secteur gérontologique est bien structuré dans le domaine sanitaire (filières et réseaux gériatriques) et médico-social (CLIC, Centre Locaux d’Information et de Coordination), CCAS (mairies), MAIA (Maisons pour l’Autonomie et l’Intégration des malades d’Alzheimer), coordination…).

Les associations de bénévoles dans le cadre du programme MONALISA.

  • Site d’information : www.infosuicide.org
  • Parmi les associations d’écoute, on peut citer SOS AMITIE, régionalisée ;
  • SUICIDE ECOUTE : 01 45 39 40 00 (7j/7 – 24h/24) ;
  • N° d’écoute maltraitance : 3977 de la Fédération ALMA-Habeo.
  • SOLITUD’ECOUTE (association « les petits frères des Pauvres ») dédié à la solitude et à l’isolement des personnes des plus de 50 ans.
  • SOS SUICIDE PHENIX; écoute téléphonique et accueil « physique » de personnes en rupture sociale.
  • En cas d’urgence suicidaire, ne pas hésiter à appeler le médecin traitant, le Samu (15), ou les urgences (112)

 

 

 

Les ergothérapeutes d’IMA 

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Pour en savoir plus :

– Le suicide des personnes âgées, ANDRIAN J. Gérontologie et société 1999, n°90 pp 49-68 ;

– Rapport du Comité National pour la Bientraitance et les Droits des Personnes Agées et des Personnes Handicapées sur la Prévention du suicide chez les personnes âgées, 2013

www.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/CNBD_Prevention_du_suicide_Propositions_081013.pdf

www.preventionsuicide.be/ressource/static/files/brochurePersonnesAgees.pdf