_BBB3685-def1-cmjn © Gerhard Linnekogel - Eyesee

 

Se souvenir des belles choses.

Ma relation à mon proche, c’est l’amour que j’ai eu et que j’ai aujourd’hui pour lui. Ce sont les années passées ensemble, c’est le chemin parcouru ensemble, qui font qu’aujourd’hui je suis ce que je suis grâce à l’autre. C’est un lien tissé au fil du temps qui aujourd’hui est devenu une trame, très longue et complexe, de souvenirs, d’anecdotes, de rires, de larmes.

 

Aujourd’hui vous l’aidez et vous le faites sans vous poser de question, parce que cette trame vous lie. Un autre pan est en train de se tisser, un accompagnement dans l’épreuve, qui s’annonce dur et semé d’embuches, mais qui peut aussi réserver ses moments de bonheur. Et c’est pour ne pas perdre de vue la richesse de cette grande aventure que vous avez vécue ensemble qu’il est important de vous rappeler ce passé (éducation, vie amoureuse, amitié … ). C’est pour ne pas résumer votre relation à ce présent difficile qu’il faut vous remémorer cette histoire qui vous lie.

 

Cette histoire, augmentée de ce chapitre en cours d’écriture (votre situation d’aidant) , vous  devez la préserver de l’illusion de perspective qui fait qu’on a tant de mal à se sortir de ce présent qui eclipse tout quand on aide: passé, souvenir, avenir, vie sociale, vie professionnelle – on a l’impression que tout est absorbé par la situation de son proche aidé. Or votre relation ne se résume pas à cette épreuve que vous traversez, et c’est déjà une victoire sur la perte d’autonomie que de puiser dans le passé partagé pour en tirer les belles choses.

 

Parler pour protéger sa relation?

 Aider amène nécessairement des redéfinitions profondes, qui vont venir casser les habitudes. Il est très important de parler pour échanger sur cette nouvelle situation, sur les rôles de chacun, les places à redéfinir, afin que l’un et l’autre sachent comment ils vont, ensemble, vivre cette nouvelle situation. Parler de ces sujets soulève souvent des tabous, or il est encore plus important de parler lorsque c’est difficile, pour éviter d’entrer dans le cercle vicieux du repli sur soi. Etre aidant requiert des épaules solides, et parler permet d’alléger considérablement sa charge. L’important est de faire la chasse à tous les non-dits engendrés par cette redéfinition des rôles.

 

Pourquoi c’est si difficile de parler ?

 

Parler est très difficile, principalement à cause de trois pièges :

 

  • Le piège de l’amour : lorsqu’on aime ses proches, qu’ils soient parents, conjoint, amis, il est difficile de parler car on pense que par amour on doit tout prendre sur soi, même l’impossible. Or se préserver est indispensable pour aider dans le long terme, et c’est donc par amour qu’on doit parler pour évoquer ses propres limites ou celles de son proche.
  • Le piège de l’attente : plus on attend, plus il devient difficile de parler. Et plus on a attendu, plus on a pris sur soi, plus on est en situation d’être rongé par le non dit. Plus les choses sont dites tôt, moins elles seront difficiles à dire.
  • Le piège de la redéfinition des rôles : accompagner un proche, c’est redéfinir profondément la relation qui nous lie à elle/lui. Il est compliqué d’effectuer des soins de toilette à ses proches, parents, conjoints. Contrairement à ce qu’on est enclin à penser a priori, il n’est pas naturel d’apporter ces soins, et l’aidant ou son proche ne sont pas forcément préparés à procurer ou recevoir ces soins. Aider amène toujours une redéfinition des rôles, mais il faut faire très attention à ce que ni l’aidant ni l’aidé n’accepte de dépasser la limite de ce qu’il est prêt à donner. Des aides à domicile sont là pour vous épauler dans la réalisation de ces tâches, il est important d’y avoir recours pour préserver sa relation à son proche.

 

Comment s’y prendre?

Lorsqu’on évoque les changements que va amener la situation d’aide sur la relation entre deux personnes qui sont en train de devenir un aidant et un aidé, il convient de réfléchir en amont à tout ce que la pathologie de l’aidé va impliquer comme besoins. Des associations spécialisées dans chaque pathologie, des témoignages sont là pour vous aider à anticiper sur l’avenir et les besoins. Se renseigner en amont permet d’être plus serein quant à l’avenir. Ensuite il est bon d’échanger avec son proche accompagné et son entourage, en s’efforçant d’aborder au maximum les sujets délicats liés à l’accompagnement. Evoquer des tabous est toujours difficile, mais c’est aussi l’occasion de rappeler à votre proche la force de l’attachement qui vous lie à lui/elle.

 

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