Le sentiment de culpabilité est un de ces dénominateurs communs qui rassemblent, au-delà des millions de situations singulières, le vécu d’une très large majorité d’aidants.

 

Savoir séparer « culpabilité » et « sentiment de culpabilité »

 Se sentir coupable, c’est souvent penser que l’on n’en fait pas assez, que nous ne sommes pas à la hauteur, qu’à tel instant, nous n’avons pas « assuré ». Parfois c’est aussi se sentir à bout, de se sentir craquer, alors que l’autre a besoin de nous.

Le sentiment de culpabilité est lié à l’origine à cette croyance que nous pourrions toujours faire davantage, alors que nous avons chacun nos limites, notre maximum, et que déjà être à notre maximum trop longtemps c’est courir le risque de s’épuiser. Au-delà de ces limites propres à chacun, s’étend tout ce que nous ne sommes pas capables, humainement, de faire. Or, notre sentiment de culpabilité d’aidant porte sur ce que nous voudrions être capables de faire, mais qui se situe au-delà de nos limites. Nous éprouvons donc un sentiment de culpabilité que nous confondons avec de la culpabilité, et cette confusion est source de douleur : nous ne sommes pas coupables de ne pas pouvoir faire au-delà de nos capacités. Nous ne sommes donc pas coupables, nous nous sentons seulement coupables, et il est important de travailler sur ce sentiment pour le diminuer, notamment en en parlant (à des bénévoles, des professionnels : psys, etc.)

Témoignage d’une marraine d’Avec nos Proches :

« Une dame avec un mari handicapé par un AVC depuis trente ans était épuisée. Elle culpabilisait beaucoup, de ne pas en faire assez, de se sentir craquer parfois, elle culpabilisait beaucoup et se sentait écrasée par le poids de ce sentiment de culpabilité. Or elle avait fait tout ce qui était humainement possible pour son mari. Elle se sentait simplement coupable de ne pas pouvoir en faire plus. Ces personnes ont besoin de s’entendre dire que ce n’est pas de leur faute, que si le sentiment de culpabilité est normal, il faut l’évacuer car les aidants ne sont pas responsables de la perte d’autonomie de leurs proches. Au contraire, ils font tout leur possible pour les accompagner, au mieux. « Au mieux » ça veut dire aussi selon les limites de tout être humain, car nous ne sommes pas tenus de faire l’impossible, et faire tout notre possible, au jour le jour, c’est déjà formidable et c’est ce dont notre proche a besoin. Et si la situation est difficile, elle risque de devenir impossible si on ne se convainc pas que non, nous ne sommes pas coupables »

 

La honte et les remords

Après la question des limites de ses capacités propres, il y a celle du sentiment de culpabilité qui découle de réactions d’impatience ou de décisions qui vont contre la volonté de la personne accompagnée, ou qui entrent en conflit avec nos valeurs. Typiquement, la question du placement de son proche en maison de retraite. Ces choix qui parfois s’imposent nous exposent aux jugements culpabilisateurs de soi-même et de l’entourage : « as-tu tout fait pour éviter cette option ? N’es-tu pas en train d’abandonner ? » . Ici encore, ce sentiment (qui n’est qu’un sentiment de culpabilité et non une culpabilité réelle) doit être exprimé par l’aidant, partagé avec des proches, des bénévoles, ou des professionnels, pour le ramener à ce qu’il est : un sentiment, pas une réalité.

La culpabilité est un fardeau qui écrase, et qui met en péril la relation aidant / aidé, ainsi que la santé de l’aidant et sa capacité à être là pour son proche. Il faut dire et répéter que ce n’est pas de la faute de l’aidant, que l’aidant n’est pas responsable de la maladie de son proche.

Concrètement ?

  • Départager ce qui relève de l’objectif de perfection (par définition inatteignable et facteur de sentiment de culpabilité) et ce qui relève d’objectifs réalistes.
  • Se confier à un proche, à un professionnel, à un bénévole qui ne juge pas
  • Eviter le piège de la honte ou de la dévalorisation : si vous avez ponctuellement eu une réaction d’impatience dont le souvenir vous fait vous sentir coupable, rappelez-vous que cette réaction, ponctuelle, ne vous définit pas.

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