_AAA6598-def1-cmjn © Gerhard Linnekogel - Eyesee

 

Conduire est un facteur d’autonomie de mobilité que les personnes vieillissantes souhaitent préserver le plus longtemps possible. Dans bien des situations, la voiture est le seul moyen de déplacement existant (milieu de vie rural, excentré d’un centre-ville, non ou mal desservi par des transports en commun, …), c’est la seule solution qui préserve la possibilité de faire ses courses, de continuer à avoir des activités sociales, … mais souvent l’âge est perçu comme un facteur de risque pour la conduite. Comment se rassurer et rassurer son entourage à ce sujet ?
Les statistiques d’accidentologie nous renseignent sur le fait que les personnes âgées ont globalement moins d’accidents que les personnes d’âge moyen mais que la fréquence des accidents augmente au-delà de 75 ans en rapport avec les faibles distances parcourues et ils sont plus fréquents à vitesse réduite, aux intersections, ainsi que dans des situations de conduite complexes qui exigent des décisions rapides et de bonnes capacités d’analyse de la situation routière.

 

I – Vieillissement et conduite : les difficultés rencontrées

La conduite est une tâche complexe qui fait intervenir et exige de bonnes capacités physiologiques et cognitives.
De manière générale l’âge affecte les capacités sensorielles (la vue, l’audition), les capacités motrices (principalement en cause celle des membres supérieurs et de la tête), et les capacités cognitives (le temps de réaction augmenté, prise de décision plus lente, …), généralement tout le monde s’en rend compte mais il est parfois difficile d’accepter cette évolution.
Il y a lieu de se préoccuper de ces modifications des capacités fonctionnelles afin de pouvoir pallier à l’inconfort et l’insécurité qu’elles procurent.
 Réductions des capacités motrices : Il s’agit généralement de la limitation des amplitudes articulaires et de la force qui peuvent gêner la conduite d’un véhicule.
La conduite demande une aisance articulaire des membres supérieurs pour les manipulations du volant, des équipements de commandes annexes au volant (éclairage, clignotants, …) du levier de vitesse et des membres inférieurs pour l’action sur les pédales.
→ Réductions des capacités sensorielles :
o La vision :
Une grande partie des actions nécessaires lors de la conduite résultent du traitement d’informations visuelles. Toutes les fonctions de l’oeil vont entrer en jeu : la vision de loin, la vision de près, la vision binoculaire, la vision latérale et le champ visuel.
Il est donc nécessaire d’avoir une bonne vue pour conduire.
L’avancée en âge provoque une baisse de l’acuité visuelle avec notamment :

  •  Une réduction du champ visuel périphérique qui augmente avec la vitesse et peut être couplée à un mauvais balayage visuel nécessaire lors des changements de direction et de voies, pour surveiller ce qui se passe sur les côtés tout en regardant devant soi.
  •  Une opacification progressive du cristallin, qui trouble la vision, qui peut gêner pour identifier les obstacles, lire les panneaux, identifier les indications du tableau de bord.
  •  La réduction de la taille de la pupille qui réduit la luminosité atteignant la rétine et peut provoquer un risque d’éblouissement avec le soleil et les feux de croisement,
  •  La baisse de la vision des couleurs et de la perception du relief qui sont mis en oeuvre pour apprécier les distances, le relief et la vitesse de son véhicule et des autres véhicules.

Certaines de ces atteintes peuvent être compensées par des stratégies visuelles, par exemple tourner la tête, bouger les yeux pour compenser la réduction du champ visuel, d’autres le seront par du matériel par exemple des lunettes ou des équipements du véhicule.

Par ailleurs, certaines maladies en rapport avec l’âge réduisent la vision : DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age), les glaucomes, les rétinopathies… Elles induisent dans un premier temps une modification des comportements de conduite (pas de dépassement, éviter les ronds-points) mais rendent la conduite très vite impossible. L’évolution de certaines maladies (comme le glaucome ou la DMLA) peut être ralentie grâce à un dépistage précoce. Il est conseillé de pratiquer un examen ophtalmologique tous les ans à partir 70 ans.
o L’audition :

Après les informations visuelles ce sont les informations auditives qui sont le plus importantes lors de la conduite. La presbyacousie (baisse de l’acuité auditive, principalement sur les sonorités aiguës) est présente chez 1/3 des conducteurs de plus de 65 ans, environ 20 % d’entre eux sont appareillés.
Bien entendre permet de se situer dans l’environnement de conduite mais aussi de localiser, de distinguer et d’interpréter correctement les informations en les traitants en parallèle avec les informations visuelles. Le bruit d’un klaxon, le bruit du moteur d’une voiture qui accélère, le bruit d’un freinage, des pneus qui crissent communiquent des informations au conducteur.
La baisse de l’acuité auditive chez les personnes âgées joue un rôle dans la détérioration de la perception des bruits ambiants et diminue la tolérance aux bruits intempestifs.
Au moindre doute, y compris à titre préventif, parlez-en à votre médecin traitant, qui vous orientera si nécessaire vers un spécialiste (ORL, audioprothésiste).

 

→ Réductions des capacités cognitives :
Les personnes âgées prennent généralement conscience de la diminution de leurs capacités visuelles, auditives et motrices qui modifient leurs comportements de conduite mais il est plus difficile d’accepter un éventuel problème cognitif.
Les situations de conduite sont complexes, les réponses adaptées à ces situations demandent :

  •  De bonnes capacités de mémoire pour reconnaître les situations à risque,
  •  Des comportements adaptés pour gérer les automatismes et les différents apprentissages qui entrent en jeu dans les situations de double tâche, la planification et la prise de décision,
  •  De bonnes capacités de gestion et de vitesse de traitement de l’information,
  •  Un bon niveau d’attention pour éviter les endormissements
  •  Et un état émotionnel stable (stress, anxiété)

Ce sont souvent les problèmes d’ordre cognitif qui vont conduire à une augmentation du risque d’accident car ils se traduisent concrètement par une diminution de toutes ces ressources en particulier des ressources attentionnelles, un ralentissement de la vitesse de traitement de l’information, une inhibition ou ralentissement pour effectuer une action, des difficultés pour réaliser une double tâche, des troubles de planification et de la prise décision, …
On constate que les personnes âgées adaptent d’elles même leurs déplacements en effectuant des trajets courts autour de leur domicile par exemple pour faire les courses, pour leur rendez-vous et démarches administratives locales, qu’elles ne conduisent plus la nuit et qu’elles adoptent généralement des comportements routiers plus prudents principalement en matière de vitesse et de respect des distances entre les véhicules.

 

II – Evaluer et entretenir ses capacités :

A ce jour, en France, il n’y a aucune obligation de contrôle médical afin de vérifier les capacités de conduite alors que certains pays imposent un examen médical régulier au-delà de 65 ou 70 ans.
Pour assurer votre sécurité et celle des autres utilisateurs de la route, il vous revient donc de faire le point lorsque vous ressentez des appréhensions dans certaines situations de conduite (approche d’un giratoire, difficulté à repérer un véhicules, incompréhension devant un nouveau panneau de signalisation) ou que votre entourage s’inquiète. L’interlocuteur privilégié sera alors votre médecin traitant avec qui il sera souhaitable d’évoquer vos difficultés ou vos craintes concernant la conduite et la mobilité en général.
→ Le médecin traitant :

Le médecin n’a aucun pouvoir de vous interdire de conduire et n’a pas non plus d’obligation de vous dénoncer auprès des autorités publiques (cependant en cas de pathologie lourde (maladie mentale, handicap cognitif ou sensoriel, …) il pourra être amené à faire un signalement.
Son rôle sera de faire un bilan de vos capacités, de vous informer et conseiller sur les risques et les dangers que vous encourez et faites encourir aux autres, de vous proposer des traitements et autres mesures thérapeutiques afin de compenser vos éventuelles déficiences en adéquations avec votre état de santé et la conduite de vous orienter vers des spécialistes (ophtalmo, …) pour vous apporter les moyens de compenser vos difficultés et de vous conseiller de manière globale sur la conduite (éviter les longs trajets, la conduite de nuit, ….) tout en respectant votre volonté de continuer à conduire le plus longtemps possible dans de bonnes conditions.
Votre médecin traitant est en mesure d’évaluer au cabinet médical vos fonctions cognitives grâce à une batterie de tests, (le test des tracés /Trail Making Task et le test de Wechsler), il peut traiter chaque atteinte réversible, proposer des traitements médicamenteux adaptés et réévaluer régulièrement chacune des fonctions.

 

Il faudra évoquer avec lui la question des médicaments, car cette situation relativement fréquente, peut avoir des effets sur votre conduite. Certains médicaments (tranquillisants, somnifères, antidépresseurs, …) peuvent provoquer de nombreux effets indésirables à type de somnolence, de baisse de la vigilance, de diminution des réflexes, de perturbations des mouvements, d’atteinte de la capacité de jugement, d’altération de la vision, … Votre médecin prescripteur ou le pharmacien doivent vous donner une information claire sur les possibles effets secondaires des produits prescrits. Ils peuvent éventuellement vous conseiller de prendre votre traitement à une autre heure ou de l’interrompre temporairement pour un trajet. Lisez les notices des médicaments que vous prenez, vous y trouverez les pictogrammes vous donnant les indications de vigilance concernant le traitement et la conduite.

Certaines pathologies (voir l’arrêté du 31/08/2010) sont incompatibles avec la conduite, votre médecin traitant vous orientera vers un médecin agréé pour le permis de conduire qui se prononcera sur votre aptitude à la conduite.
Généralement, les seniors pensent que pour conduire il faut de bonnes connaissances alors qu’il faut surtout de bonnes capacités.

 

III – Votre véhicule :

→ Le choix de votre véhicule :
Il est primordial de se sentir bien dans son véhicule, d’y avoir un champ de vision large, des fonctionnalités pratiques, une position assise confortable, … Dans la mesure de vos possibilités, au moment de l’achat, optez pour une véhicule avec les équipements de confort et les équipements de conduite et de sécurité qui peuvent vous simplifier la vie : grandes surfaces vitrées, tableau de bord avec gros chiffres, rétroviseurs additionnels boîte de vitesses automatique, limiteur/régulateur de vitesse …
→ Les équipements d’aide à la conduite :
Ils sont de plus en plus proposés en série et leur caractère optionnel ne doit pas vous les faire rejeter car ils constituent souvent des aides qui vont vous permettre de conduire plus longtemps.
o La boîte automatique permet de mieux se concentrer sur la conduite et diminue les douleurs des jambes, de la hanche, de l’épaule et du dos.
o L’alerte d’angle mort avertit par un signal lumineux qu’un véhicule est en train de dépasser et sonne si l’on s’apprête à déboîter. Très utile quand on tourne difficilement la tête.
o L’alerte de franchissement de ligne fait vibrer le siège ou le volant quand la voiture sort de son couloir de circulation en cas de distraction ou d’assoupissement
o Le compteur “tête haute” affiche en bas du pare-brise avec des gros chiffres, la vitesse et les principales indications pour éviter à l’œil tout travail d’accommodation entre la route et les compteurs.
o Le contrôle de freinage (ABS, freinage d’urgence) et de trajectoire (ESP ou ESC) permette de contrôler le véhicule lors de freinage brusques et des modifications subites de trajectoire.
o Le GPS calcule votre itinéraire en fonction de critères choisis (le plus court, le plus rapide, etc.), vous indique avec instructions vocales la direction à prendre au fur et à mesure du trajet, vous informe, pour certains, de la signalisation routière en vigueur, en particulier la limitation de vitesse.
o Le radar de recul permet de faciliter les manœuvres du conducteur.
o La détection des obstacles permet de détecter la présence d’obstacles devant ou sur les côtés du véhicule, et pour certains peuvent activer le freinage d’urgence en cas de collision imminente …
Lors de la prise en main de votre véhicule, demandez au vendeur de vous expliquer le fonctionnement des différentes commandes dont vous aurez besoin notamment en cas d’urgence.
→ Adoptez la bonne position de conduite :
Lors de l’achat vous pourrez tester les fonctions du siège conducteur, Il est nécessaire de prendre le temps de bien s’installer au volant :

  • Commencez par vous asseoir en calant vos fesses au fond du siège contre le dossier,
  • Avancez ou reculez le siège, sans bouger les fesses, pour que vos jambes soient légèrement fléchies, lorsque vous enfoncez les pédales,
  • Réglez l’inclinaison du dossier, en maintenant les épaules collées au dossier, pour poser les mains sur le volant les bras légèrement fléchis. Le dos et les épaules ne doivent pas se décoller du dossier lorsqu’on tourne le volant.
  • Réglez la hauteur du siège afin d’avoir une bonne visibilité au-dessus du volant (Utilisez un coussin si la hauteur n’est réglable)
  • Réglez l’appui-tête, le haut de la tête doit être au niveau du haut de l’appui-tête,
  • Prenez le temps de régler les rétroviseurs une fois que vous avez réglé le siège et l’appui-tête.

 

IV – L’expérience de la conduite :

Parmi les facteurs qui contribuent au maintien de bonnes capacités de conduite, « l’expérience de conduite » joue un grand rôle. Les habitudes de conduites et le savoir-faire permettent de gérer la plupart des situations courantes mais peuvent être insuffisantes en cas de situations complexes.
Quelle que soit votre expérience de conduite, il est probable que vous ayez obtenu votre permis de conduire il y a plusieurs dizaines d’années et que vous ayez besoin de faire le point et d’actualiser vos connaissances en matière de code de la route, de réglementation… et de conduite.
Vous pourrez évaluer vos connaissances en matière de code de la route et de circulation en réalisant le test proposé sur le site de la Prévention Routière en partenariat avec le Code Rousseau. Il existe des stages d’évaluation, des cours de recyclages qui ont pour objectif d’informer, de rafraîchir ses connaissances et de redonner confiance afin de permettre de rester mobile le plus longtemps possible ! Deux organismes en proposent : La Prévention routière, en partenariat avec des caisses de retraite, des municipalités ou des assureurs, organise des stages et L’Automobile Club Association organise les Ateliers de conduite senior, en partenariat avec la Fédération internationale de l’automobile. Les Ecoles de conduite Française proposent des journées destinées aux seniors.

Nos conseils pour prendre le volant encore longtemps :

 

  • Préservez votre habitude de la conduite, en effectuant des trajets variés et en les adaptant à vos capacités (si vous le pouvez, évitez de conduire la nuit ou par mauvais temps et réduisez votre vitesse, choisissez des horaires avec peu de circulation – évitez les grands départs, à la veille des week-ends ou des vacances).
  • Entretenez votre forme physique, entraînez vos capacités psychiques et intellectuelles, consultez régulièrement votre médecin généraliste et l’ophtalmologiste, testez vos réflexes, votre ouïe, faites attention à vos médicaments, évitez de conduire si vous vous sentez fatigué.
  • Actualisez régulièrement vos connaissances en matière de conduite et de code de la route,
  • Choisissez une voiture qui va vous faciliter la tâche : équipements de confort et d’aide à la conduite.
  • Mettez votre ceinture de sécurité même pour les très courts trajets, attachez vos petits-enfants lorsque vous les transportez,
  • Préparez votre trajet si vous devez effectuer un long voyage, prévoyez des pauses fréquentes et faites des étapes,
  • Entretenez et préparez votre voiture, réglez et nettoyez les phares ainsi que les surfaces vitrées, vérifiez la pression des pneus, …

Nous vous souhaitons une bonne et longue route et quoi qu’il en soit il sera peut-être possible de trouver ponctuellement ou définitivement des moyens de transports alternatifs : transports à la demande (minibus, taxi), transports par aide à domicile, transports par des voisins ou des proches, …
Afin de compléter ce dossier nous vous invitons à consulter les liens suivants :
Site de la sécurité routière : http://www.securite-routiere.gouv.fr
Site de l’association Assureurs prévention : http://www.assureurs-prevention.fr/
Site du code de la route : http://www.code-route.com
Site de la prévention routière : http://www.preventionroutiere.asso.fr/Seniors
Site Ecole de Conduite Française : http://www.ecf.asso.fr/Formation-permis/Voiture/Formation-seniors

Plaquettes téléchargeables :

  • « Audition, vison, médicaments, … Avec le temps comment adapter sa conduite »
  • « Etre bien et bien voir »
  • « Baisse de l’audition ou de la vue, nos conseils »
  • « Bien emprunter un giratoire »
  • « Le point sur les infractions et sanctions »

Magazine « Prudence Mag » : Hors-série N°5 Santé & Conduite

 

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Document réalisé par les ergothérapeutes d’Inter Mutuelles Assistance