Les conseils de la semaine

La souffrance

Publié le 05/02/2012

 » Vouloir écarter de sa route toute souffrance signifie se soustraire à une part essentielle de la vie humaine  » Konrad Lorenz

Bien que la souffrance fasse partie intégrante de la vie et soit intrinsèque à la condition humaine, il est difficile de la définir précisément tant ses causes, ses perceptions, et ses conséquences sont multiples et variables. La souffrance peut être niée, intériorisée, extériorisée ou partagée. Elle révèle notre fragilité, notre vulnérabilité, notre sensibilité, car vivre c’est se confronter à soi, aux autres, ainsi qu’aux événements qui façonnent nos réalités et dessinent la trajectoire de nos destins. La souffrance peut aussi bien unir que désunir.

Bien que l’on distingue la douleur physique, de la souffrance morale il est important de reconnaître que des états de souffrance intenses peuvent provoquer des douleurs physiques. L’état émotionnel dans lequel nous plonge la souffrance incite à une mise en abîme qui nous dirige vers les profondeurs de notre intimité, cette partie inaliénable dont nous sommes les seuls à détenir l’accès. L’aptitude que nous avons à nous y confronter dépend de notre histoire passée, de la qualité humaine et empathique de notre entourage, de l’environnement dans lequel nous évoluons et du contexte qui donne lieu à la souffrance.

Tel un plongeur en apnée, la personne en souffrance commence par descendre puis s’enfonce dans l’opacité d’une forme de néant. A distance, se trouve des plongeurs silencieux qui balisent et sécurisent son parcours près à intervenir en cas de danger. Ils valident également la performance du plongeur en apnée et sa capacité à se dépasser.

Il n’est pas rare que la souffrance soit dans un premier temps mise à l’écart par différentes stratégies dites adaptatives comme le déni. Ce laps de temps peut permettre un recul propice à la réflexion, sachant que l’émotion bloque la compréhension. Ainsi, nous pouvons envisager que la souffrance précède la prise de conscience. Lorsque nous sommes témoins ou accompagnons une personne en souffrance, la qualité de notre présence à ses côtés est déterminante. En effet, un des risques à combattre est l’enfermement dans lequel des personnes en souffrance se piègeront elles-mêmes. D’autres s’anesthésient, le temps du chaos ou malheureusement restent figées dans cette posture qui finit à la longue par les couper de leur vie et des autres.

Par l’intensité qu’elle procure, la souffrance qui est transcendée peut devenir une source de créativité. La métamorphose de sa propre identité n’est elle pas la plus belle création que nous puissions réaliser ? Regarder le chemin parcouru à la lueur du passé témoigne de la dimension éphémères des événements vécus. Ramener les expériences endurées à l’échelle de nos vies permet de relativiser notre réalité en remplissant d’oxygène nos poumons ou nos bouteilles de plongeurs. Reconnaître notre fragilité, assumer notre vulnérabilité et veiller à être indulgent avec soi semble être le plus court chemin pour atteindre et réveiller la force qui sommeille en nous.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » Mark Twain

 

Muriel Gaillard
Consultante – Formatrice
Diplômée en Ethologie

occatio

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