_AAA7947-def1-cmjn © Gerhard Linnekogel - Eyesee

 

 

Apprendre que son proche souffre de la maladie d’Alzheimer confronte la famille à de nombreuses questions.

L’aménagement du logement peut-il être aidant pour faciliter la vie de la personne malade et/ou de son entourage ?

 

 

I- Qu’est ce qu’un logement ?

Par définition un logement est un lieu d’habitation : un endroit ou une ou plusieurs personnes peuvent s’abriter (héberger), en particulier pour se détendre, dormir, manger et vivre en privé (extrait de Wikipédia). Il comporte une dimension sociale (un lieu fixe) et affective (on parle de « maison de famille » où se rattachent les souvenirs).

 

Aménager son logement demande avant tout de se questionner sur cet intérêt à « changer les choses » et sur ce que renvoie l’habitat pour la personne malade.

 

 « Un logement est source d’émotions, de projection de soi et d’organisation de vie. Il renvoie à soi, au corps et à l’âme » (Fabrice Larceneux chercheur au CNRS Université Paris-Dauphine). Plus fondamentalement, le logement n’a pas qu’une fonction d’abri mais doit davantage permettre à chacun de se sentir chez soi et de créer une relation particulière entre un lieu et une identité. « L’habitat intérieur » selon Eiger (2004) nous indique justement que le logement est le lieu de la prise de conscience de soi qui permet de se stabiliser, de se ressourcer. De plus, la notion de « chez soi » lorsque que l’on nomme notre habitation évoque l’intimité.

La maison est avant tout un espace de vie : elle est soumise à nos envies, à nos besoins de changement. Le logement doit également favoriser l’épanouissement personnel. L’organisation et les fonctions des pièces doivent contribuer à ce que l’habitant y trouve son compte tant dans l’accessibilité des choses que dans son sentiment de bien-être. En effet, la maison est bien plus qu’un abri matériel, c’est une manière de s’inscrire dans l’espace.

 

Dans une société où les questions de sécurité sont omniprésentes, le besoin de trouver sa place au sein d’un espace sécurisé (la maison) répond à des incertitudes et à des peurs tant réelles (agressions dites physiques) que fantasmées (peur de l’autre, de l’inconnu ou autre). Pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ces deux aspects sont à étudier afin d’éviter les dangers et diminuer la désorientation, et les angoisses qui en découlent.

 

II- L’adaptation du logement : un projet réfléchi, en constante évolution

Tant que la personne peut donner son avis dans la prise de décision, il est important de discuter avec elle des changements envisagés dans le lieu de vie. Il s’agit à tout moment de permettre autant d’indépendance que possible, tout en protégeant la personne.

 

Il est important de tenir compte des besoins actuels de votre proche, de ceux que vous pouvez anticiper. Les modifications peuvent se faire au fur et à mesure des besoins, pour ne pas changer trop de choses en même temps. L’adaptation du logement est un outil lorsque la personne ne peut plus s’adapter. Faites le point sur ce qui semble prioritaire ou non. Si des modifications importantes sont envisagées, il est préférable de ne pas trop attendre pour accompagner ce changement tant que votre proche peut encore apprendre de nouvelles choses. Une modification importante comme un changement d’usage d’une pièce, si elle est nécessaire, doit se faire en aidant la personne à s’inscrire dans une routine pour réaliser l’activité. Une forme d’entraînement/apprentissage avec automatisation des gestes devra se faire pour la prise des nouveaux repères et améliorer la participation. Trop de nouveautés ou de changement crée souvent de l’insécurité pour la personne, voire des réactions de rejet.

 

Il est essentiel de rester attentif et souple pour modifier l’environnement, selon les besoins du moment, lorsque la maladie évolue par exemple. De manière générale, il est important pour la personne d’avoir un environnement stable, avec une prise de repères constante, les capacités d’adaptation aux changements diminuant. L’organisation d’une routine quotidienne (proche des habitudes anciennes) avec la même suite d’actions et de gestes est l’axe principal de l’accompagnement.

 

N’hésitez pas à vous rapprocher d’un professionnel, tel qu’un ergothérapeute, pour analyser avec vous les besoins d’adaptation de l’environnement de votre proche.

 

III-  Améliorer un logement pour le rendre plus sécuritaire

Plusieurs étapes sont nécessaires pour adapter le lieu de vie d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer notamment pour améliorer sa sécurité :

 

 Recenser les éléments du logement qui puissent présenter un danger physique ou un risque d’accident pour la personne dont les capacités cognitives et motrices diminuent.

 

  • Repérer les éléments chauds présentant un risque de brûlure en cas de mauvais usage ou d’une mauvaise reconnaissance : fer à repasser, allumettes, appareil de chauffage, cheminée, …. prévoir un rangement sous clé ou protéger les parties chaudes d’un système de chauffage.
  •  Vérifiez la sureté des appareils électriques. Eviter les appareils électriques mobiles. Contrôler l’état des fils électriques et éviter qu’ils ne soient source de chute.
  • Pour les fumeurs, pensez au risque d’incendie. Si la personne ne peut pas arrêter de fumer, essayer d’instaurer une routine pour que votre proche ne fume qu’en présence d’un tiers. Eviter qu’elle ne fume seule ou dans son lit.
  • Repérer et enlever les ustensiles coupants ou tranchants, couteaux, rasoirs à lames… ou les appareils électriques. Prévoir un rangement sous clé.
  • De même pour le risque d’ingestion dangereuse : les médicaments, les produits d’entretien … ne pas hésiter à introduire un pilulier très tôt pour ancrer une habitude de prise et limiter les médicaments accessibles. Prévoir un rangement des produits dangereux sous clé.
  • En cas d’équipements utilisant du gaz, vérifier les systèmes de sécurité.
  • Les risques de chutes devront être identifiés, présence d’un tapis non collé, de fils électriques, de petits objets au sol dans le passage. Prises d’appui sur des éléments mobiles susceptibles de basculer …
  • Sécuriser les escaliers avec un portillon d’une hauteur suffisante pour empêcher l’accès non intentionnel à un adulte. Mettre des main-courantes pour permettre les appuis lors de l’usage de l’escalier. Antidérapant sur les marches. Eclairage des marches.
  • Ne pas encombrer les espaces pour ne pas gêner le déplacement.
  • Fermeture ou condamnation de portes à vérifier pour que la personne ne puisse pas s’enfermer. Il est prudent, par exemple, d’empêcher la fermeture de la salle de bains de l’intérieur.
  • Attention aux éclairages instables, comme une lampe sur un guéridon, qui peuvent être renversés.

 

 Recenser les éléments susceptibles d’être mal perçus ou source d’angoisse pour la personne :

 

  • Certains motifs de sol, plus foncés par exemple, peuvent être interprétés par la personne comme des trous. Evitez, par exemple, un tapis de bain trop foncé, qui peut être considéré comme un trou, préférer une couleur vive unie. Une large bande contrastée sur le sol peut être confondue avec une marche. Des motifs chargés peuvent apportés de la confusion, comme par exemple, une nappe avec de nombreux motifs ne permettant pas de porter attention sur les couverts.
  • Certaines ombres provoquées par un éclairage mal orienté peuvent inquiéter la personne.
  • Confusions d’objets possibles par la personne susceptible de provoquer un mauvais usage de celui-ci.
  • Un grand miroir peut également générer du stress pour la personne.
  • Prévoir des rangements laissant la visibilité des objets, peut permettre de diminuer le stress pour certaines personnes ayant des attitudes de « fouille ».
  • Les zones de circulation privilégiées seront bien éclairées (éventuel éclairage automatique) et bien dégagées pour faciliter et sécuriser le déplacement. A contrario les espaces qui sont à éviter seront maintenus dans la pénombre pour ne pas attirer la personne au cours de son déplacement.

 

 Tenir compte de la possibilité d’une altération visuelle susceptible d’avoir un impact sur l’évaluation des distances, sur l’adaptation aux changements d’éclairage, sur la perception des contrastes, sur la tolérance à l’éblouissement et pouvant altérer le déplacement.

 

→ Tenir compte du risque d’errance pour les personnes déambulantes dans l’organisation du logement :

 

  • Les pièces à éviter seront plutôt maintenues dans la pénombre, afin de les rendre moins attirantes pour la personne, ou fermées à clef  si très dangereuses.
  • Une grande marque rouge sur une porte peut dissuader la personne.
  • Une modification des poignées, mise en place de poignées de sécurité dont l’usage est inhabituel peut permettre de limiter l’accès à un espace.  Fixez des verrous aux portes donnant sur l’extérieur ou sur des fenêtres.
  • Faciliter et orienter la déambulation : la personne ira préférentiellement vers un espace large et dégagé. Eventuel chemin lumineux.

 

IV- Faciliter l’usage des objets pour maintenir et/ou favoriser la participation

Il est nécessaire de penser  le logement pour qu’il apporte des repères fiables pour les personnes désorientées, tout en limitant les distractions gênant la réalisation de l’activité. Il est important d’encourager la personne à participer aux tâches quotidiennes et de réaliser des activités qui lui font plaisir :

 

o   L’observation de la personne est essentielle : lorsqu’elle agit, vous pouvez noter quels sont les gestes spontanés qu’elle utilise, les appuis préférentiels, les objets habituels, à quel endroit elle les cherche … Notez alors les problèmes rencontrés pour y rechercher une solution au fur et à mesure des besoins.

o   Les objets réellement utilisés seront conservés et mis en évidence. Ceux qui sont plus accessoires pourront être retirés pour ne pas encombrer ou apporter une sollicitation supplémentaire qui puisse perturber la réalisation de l’activité.

o   Les objets usuels seront positionnés « prêt à servir » et toujours à la même place permettant d’entretenir la routine de l’activité.

o   Attention aux distractions sonores, environnement bruyant, bruits de fond qui peuvent perturber l’attention et les capacités cognitives de la personne.

o   Simplifier les activités pour permettre à la personne de les réaliser et de ne pas être en échec en permanence. Attention, néanmoins à ne pas simplifier trop tôt les activités, si elles sont encore réalisables. Il s’agit d’observer la personne en situation, pour vérifier qu’elle ne sait plus comment utiliser un objet ou à quoi il sert, avant de le simplifier ou de le retirer. Il s’agit  de savoir doser l’aide en évitant « la sur-assistance » pour laisser la personne agir et la « sur-stimulation » qui met la personne en difficulté et peut augmenter ses comportements d’opposition.

 

  • La télécommande TV peut être simplifiée par exemple, en cachant les boutons inutiles pour ne laisser apparents que ceux utilisés par la personne, tout en entrainant la personne à son usage.
  • Usage du téléphone simplifié si nécessaire avec une touche avec numéro préprogrammé par exemple.
  • Si la personne oublie de fermer le robinet, celui-ci peut être remplacé par un robinet temporisé à fermeture automatique

 

o   Attirer l’attention de la personne sur les objets importants en les faisant contraster avec ceux qui les entourent.

o   Des aides visuelles ou repérages peuvent apporter une aide. Ils seront à adapter en fonction de chaque personne pour qu’ils fassent sens pour elle : tableau d’affichage ou calendriers avec les activités qui rythment la vie quotidienne par exemple. Pour diminuer l’angoisse d’une personne désorientée, il est important de lui permettre de retrouver les différentes pièces de son lieu de vie : symboles ou photos sur les portes.  Et afin que la personne retrouve facilement et rapidement ses affaires ne pas hésiter à mettre des étiquettes (ou des photos ou représentation) sur les armoires ou les tiroirs.

o   Lorsque les schémas moteurs sont perturbés, il peut être nécessaire de modifier les hauteurs d’assise pour permettre à la personne de se relever plus facilement et d’y associer des appuis complémentaires : opter pour des sièges plus hauts avec accoudoirs.

 

V- Quelles aides existe t-il ?

 Différents organismes spécialisés pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer peuvent vous accompagner dans l’aménagement de votre logement tant sur le plan technique que financier.

 

 Les ESAD (Equipe Spécialisée Alzheimer à domicile)

Elles sont composées d’ergothérapeutes et d’assistants de soins en gérontologie et interviennent sur prescription médicale. Elles prennent en considération la personne malade, son environnement et son entourage  dans le but:

  • de valoriser et maintenir les capacités cognitives, sensorielles et motrices
  • de mettre en place des solutions pour compenser les manques ou les difficultés dans les actes de la vie quotidienne
  • d’aider la personne à trouver des repères dans le temps et l’espace
  • de proposer l’adaptation de l’environnement et donner des conseils de matériel pouvant faciliter les gestes de la vie quotidienne
  • de préserver la sécurité de la personne
  • de stimuler sa mémoire
  • de sensibiliser, soutenir et accompagner les aidants pour améliorer la relation aidant-patient
  • de prévenir les troubles du comportement
  • de permettre le maintien à domicile dans de meilleures conditions 

 

 Les Maia (Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades Alzheimer)

Ce sont des dispositifs de proximité d’accueil, d’orientation et de coordination à destination des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, et de leur proche. Leur objectif est de renforcer l’articulation des intervenants des champs sanitaire, social et médico-social autour de la personne en perte d’autonomie fonctionnelle et de ses aidants (médecin, infirmier, assistant social, ergothérapeute…) tout en assurant la coordination des soins, des aides et l’accompagnement des malades à domicile. Elles peuvent, entre autres, vous accompagner dans vos démarches administratives pour l’obtention d’une aide financière pour l’aménagement de votre logement.

 

La liste des MAIA est accessible sur le site plan-alzheimer.gouv.fr ou auprès des associations départementales France Alzheimer, CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) via le lien http://clic-info.personnes-agees.gouv.fr/clic/construirePageLogin.do , CCAS , accueils de jour ou médecins traitants

 

 France Alzheimer

C’est une Association nationale de famille reconnue d’utilité publique dans le domaine de la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées. Cette association a pour missions de vous apporter un soutien, des conseils, des infos, et est à votre écoute au 0 811 112 112

Site internet : www.francealzheimer.org

 

Enfin il existe aussi le PACT (Protection Amélioration Conservation Transformation de l’Habitat), qui a pour mission l’accès et le maintien dans un logement accessible pour tous, mais celui-ci n’est pas spécialisé pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il peut vous accompagner dans vos démarches :

 

–   pour aménager et rendre accessible votre logement : intervention d’un technicien conseille et si besoin d’un ergothérapeute

–   pour solliciter les financements disponibles pour la réalisation de votre projet

–   pour suivre la réalisation des travaux.

 

Vous trouverez les coordonnées du PACT le plus proche de chez vous grâce au lien suivant : http://www.pact-habitat.org/reseau.html

Sachez que pour bénéficier de certaines aides, vous ne devez avoir engagé aucuns travaux.

 

Afin de compléter ce dossier nous vous invitons à consulter les liens suivants :

 

http://aveclesaidants.staging.colorz.fr/dossiers/conseils-damenagements-de-la-salle-de-bain/

 

http://aveclesaidants.staging.colorz.fr/dossiers/les-technologies-en-faveur-du-maintien-a-domicile/

 

http://aveclesaidants.staging.colorz.fr/dossiers/prevention-des-chutes-chez-les-personnes-agees/

 

http://aveclesaidants.staging.colorz.fr/dossiers/les-determinants-de-la-chute/

 

http://aveclesaidants.staging.colorz.fr/dossiers/alzheimer-2/

 

 

  Document réalisé par les travailleurs sociaux et ergothérapeutes d’Inter Mutuelles Assistance

 

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